Nous avons le plaisir de vous présenter Pro Aserablos, la Fondation pour Isérables. Ses différentes actions s’articulent autour du nouveau musée, ouvert en 2003, lieu d’accueil, de rencontre, d’information et d’animation. Plusieurs activités s’y greffent, en relation avec la thématique de l’érable – arbre qui abonde dans la région et dont le village tire son nom – le patrimoine bâti et le tourisme doux. Nous entretenons également des échanges avec « Destination Erable » à Plessissville, au Canada, la capitale mondiale de l’érable. Nous vous souhaitons une bonne visite et espérons vous rencontrer à … Isérables !
Expositions permanentes

L'exposition permanente a pour fil conducteur la pente. La commission du musée a choisi de mettre en évidence, dans un premier temps, deux caractéristiques d’Isérables : la richesse du blé et le symbole du berceau.

La pente : Le village d’Isérables est situé sur une pente idéalement exposée au soleil, à 1100 m d’altitude. Cette situation en nid d’aigle, qui est celle de nombreuses localités alpines, est pourtant considérée comme particulière. Bien visible depuis Riddes, mais aussi depuis les grands axes de communication de la plaine, le village est pourtant resté plus longtemps sans route d’accès que d’autres communes valaisannes. Un projet de construction ayant été refusé par le Grand Conseil en 1932… Le savoir-faire et les cacolets, hottes et paniers servant aux transports à dos ou avec les mulets se sont donc maintenus jusqu’au milieu du 20e siècle. Depuis 1942, un téléphérique, reconstruit en 2009, facilite la liaison avec Riddes et permet enfin de faire monter les marchandises ou de descendre rapidement en plaine des plateaux de ces petits fruits qui complètent les revenus paysans. Ouvert au trafic de voyageurs, le téléphérique a surtout offert des souvenirs inoubliables aux touristes venus de tout le canton ou de plus loin pour expérimenter cette montée vertigineuse. N’est-ce pas à ce moment-là, depuis 1950 environ, que la situation montagnarde sur une pente raide est aussi devenue un cliché accroché à un village désormais transformé par la modernité.

Le musée évoque à l’étage inférieur le blé pour remettre en valeur ce qui a été une vraie richesse locale. Les champs de seigle occupaient une grande partie des terres autour du village qui s’est vu qualifier de « grenier du district de Martigny ». Une particularité, une variété de seigle à la paille spécialement longue, permettait en outre de tirer un bénéfice de celle-ci. L’hiver, on passait des soirées à « tirer la paille », c’est-à-dire préparer et conditionner les brins en ballots réguliers. Ceux-ci se vendaient dans les vignobles jusque sur les bords du lac Léman. Les femmes du village s’y rendaient au printemps comme ouvrières pour les effeuilles. Il paraît que c’était plus facile d’attacher la vigne ainsi car le brin replié sur lui même tient bien plus facilement que le raphia ou les plastiques qu’il faut nouer. L’usage de la paille a disparu avec la généralisation des attaches en métal et son exploitation a cessé à Isérables au milieu du 20e siècle.

Enfin le berceau devait avoir une place de choix dans le musée pour deux raisons. D’une part, l’objet que les femmes portaient sur la tête pour emporter leur nourrisson aux champs ou au mayen est devenu un emblème. Le groupe « les Bedjuis » a maintenu ce geste ancien lors de cortèges folkloriques et en a ainsi fait une particularité d’Isérables. D’autre part, le berceau est le symbole du lieu de naissance dont on est fier.

De nombreux natifs d’Isérables ont pourtant quitté ces pentes trop coûteuses à cultiver pour travailler dans des mines, des galeries hydroélectriques ou pour divers métiers. Après 1950, de petites industries, micro-mécanique, horlogerie, électronique, permettent de garder des emplois d’ouvrières et d’ouvriers au village même.

Arrivé au bout de sa visite, le visiteur peut se demander ce qui fait la particularité d’Isérables. Est-ce vraiment la situation en pente qui a exigé des générations précédentes de tout porter sur le dos et d’user des souliers ferrés sur un sentier abrupt? Est-ce plutôt l’aspect unique de ce village, reconstruit en maçonnerie et curieusement disposé en ruelles horizontales après l’incendie dramatique de 1881 ? Ne serait-ce pas plutôt la fierté et l’attachement de ceux dont il est le berceau et qui en font aujourd’hui un village bien vivant?